Marivaux en actes - atelier d'interprétation

Marivaux / Vincent Garanger

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L'École et Salle du 5e étage

Atelier d'interprétation
du lun.5 sept. au mer. 12 oct.

Salle du 5e étage

Ouverture publique d'atelier
jeu.13 et ven.14 oct. / 20 h
sam. 15 oct. / 17 h

Nous sommes au XVIIIème siècle, dit des Lumières, période riche de l'humanité occidentale qui s'individualise, prend ses distances avec Dieu, donc avec la Monarchie. Descartes et Spinoza (pour ne citer qu'eux) sont passés par là. Voltaire et Rousseau prennent le relais. Beaumarchais, Sade, Laclos ne sont pas loin. Les Libertins se déclarent, investissent les esprits et les actes. L'issue, nous le savons, sera la Révolution Française, l'émancipation de l'individu, une avancée vers le sentiment d'Égalité, une insurrection contre l'ordre divin institué et fatal.

Marivaux est pris dans ce mouvement inéluctable mais il est loin de l'esprit révolutionnaire. Ce serait une sorte de moraliste humaniste, de conservateur réformateur. Il ne conteste pas la puissance de Dieu et ne remet pas en question la religion dominante ni l'ordre social qui en découle. Ne lui faisons pas dire ce qu'il n'écrit pas. Disons qu'il aimerait que cet ordre s'accomplisse avec davantage de douceur, de tolérance, de bienveillance. Les valets osent davantage s'exprimer auprès de leur maître, les maîtres sont enclins à traiter moins sévèrement leurs serviteurs, les pères sont plus tolérants et attentifs envers leurs enfants... Marivaux fait preuve aussi d'un certain "féminisme" (le mot n'existe pas à l'époque) et s'insurge contre les mariages arrangés, la toute puissance masculine, les trop grandes prérogatives du mari sur la femme...

Sa violence, sa mélancolie, parfois un certain pessimisme, une certaine misanthropie, un désespoir latent, en tout cas, sa grande lucidité quant à la nature humaine, il va l'exprimer en décrivant les méandres de l'âme humaine, les affres de l'esprit, les incertitudes, les atermoiements, les indécisions, les inquiétudes, les dépressions auxquels ses personnages sont confrontés.

Là est, selon moi, l'intérêt majeur de cet auteur. La complexité qu'il met en scène rend ce théâtre passionnant si l'on veut s'écarter de toute vision simplificatrice du monde, de l'être, de nos sociétés. C'est en tout cas mon point de vue : rendre compte de la complexité, des paradoxes qui nous animent, des contradictions qui nous constituent, de l'impossibilité que nous avons à nous définir nous-mêmes, de l'énigme que nous demeurons à nous-mêmes, du mystère insondable de l'altérité, des attractions, des attirances, des répulsions, des synchronisations rares, des malentendus incessants, des attentes déçues, des rendez-vous manqués... tout ce qui nous émerveille et nous épouvante.

C'est sur ces chemins de recherche que je souhaite conduire ces semaines de travail. Ces personnages qui parlent beaucoup, qui tentent de se saisir, qui "réflexionnent" sans cesse, en quête de découverte d'eux-mêmes se heurtent à l'inconnu d'eux-mêmes. Ils sont spectateurs démunis de leurs propres ressentis, fugitifs souvent, en contradiction permanente avec leurs intentions, démunis face au désir qui les assaille et qui s'exprime à l'encontre de l'idée qu'ils se font d'eux-mêmes. Leur propre corps, ils ne savent le dompter. C'est un combat souvent atroce entre ces pulsions (sexuelles, mortifères...) et ces tentatives de maîtrise de soi dans ce chemin épineux de la connaissance. Dieu n'explique plus tout. Dieu se meurt. L'être n'a plus de référent absolu qui conduisait les pensées et les comportements. Il est beaucoup question d'innocence, de sauvagerie, de nature, de Jardin d'Eden dans ce théâtre. L'Homme naît d'une certaine manière. Mais seul, isolé, individualisé, séparé.

C'est donc un théâtre où le jeu devrait s'exprimer de manière âpre, sans concession. Un théâtre de lutte interne tout autant que sociale. On est dans "l'Intranquilité", dans le surgissement de l'inconscient, dans la gravité de la quête de sens, d'amour, d'authenticité. Parce que ces gens sont d'une sincérité absolue. Même et surtout si il est si souvent question de mensonge. Le mensonge comme mise à l'épreuve de la vérité. Se cacher ou se travestir pour mieux approcher une connaissance des choses forcément chimériques de la psyché humaine. Parce que tout est mouvement. Donc mobile, volatile, fugace. Comment construire, se construire sur ces sables mouvants, ces réalités changeantes, ces perceptions fluctuantes ?

J'ai donc opté pour un travail sur quatre pièces : Le Prince Travesti, La Fausse suivante, La Seconde surprise de l'Amour et Les Serments Indiscrets.

Vincent Garanger

 



 

Vincent Garanger

Depuis janvier 2009, Vincent Garanger est codirecteur avec Pauline Sales du Préau, Centre dramatique de Normandie - Vire.

Il joue dans les productions du Préau:
À l’ombre de Pauline Sales, mise en scène Philippe Delaigue ; J’ai la femme dans le sang d’après Les Farces conjugales de Georges Feydeau, mise en scène Richard Brunel ; Occupe-toi du bébé de Dennis Kelly, mise en scène Olivier Werner ; Trahisons d’Harold Pinter, mise en scène Vincent Garanger ; Les Arrangements de Pauline Sales, mise en scène Lukas Hemleb ; Quand j’étais Charles de et mise en scène par Fabrice Melquiot ; Les Travaux et les jours de Michel Vinaver, mise en scène Guillaume Lévêque ; Docteur Camiski ou l’esprit du sexe de Fabrice Melquiot et Pauline Sales, mise en scène Yves Beaunesne, Johanny Bert, Richard Brunel, Pauline Bureau, Guy-Pierre Couleau, Fabrice Melquiot, Arnaud Meunier et Pauline Sales.

Il met en scène : Bluff d’Enzo Cormann avec Caroline Gonce et Guy Pierre Couleau, Trahisons d’Harold Pinter et La Campagne de Martin Crimp en diptyque.

Il joue également dans La Mouette d’Anton Tchekhov, mis en scène par Arthur Nauzyciel créé pour le festival d’Avignon 2012 dans la Cour d’honneur du Palais des papes.

Il a suivi les formations du Conservatoire municipal d’Angers, de l’École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre (ENSATT) et du Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris (CNSAD) avec comme professeurs Michel Bouquet, Gérard Desarthe, Michel Bernardy, Mario Gonzalès.

Au théâtre, il a joué sous la direction de Richard Brunel, Louis Calaferte, Yann-Joël Collin, Philippe Delaigue, Jean-Claude Drouot, Marguerite Duras, Alain Françon, Jacques Lassalle, Guillaume Lévêque, Christophe Perton, Roger Planchon et Jean-Pierre Sarrazac

 


 

Avec les élèves de 2e année (promotion 28) de L’École de la Comédie
Solène Cizeron, Fabien Coquil, Vinora Epp, Romain Fauroux, Hugo Guittet, Cloé Lastère, Fatou Malsert, Alexandre Paradis, Noémie Pasteger, Flora Souchier

Sous la direction de Vincent Garanger