Et maintenant ?

Il y aura un avant et un après janvier 2015.

Pour nous tous qui avons grandi dans le pays de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, patrie de Voltaire et des libres penseurs, attachés à nos valeurs républicaines ; il y a eu de la colère et du désarroi. Le gigantesque sursaut populaire et citoyen ne doit pas rester vain.

Il ne doit pas masquer non plus les nombreuses questions apparues au grand jour à cette occasion. Dans un lieu de création, d’art, de transmission et d’éducation, largement financé par de l’argent public, ces ébranlements nous obligent avec encore plus de force et de nécessité. Nous ne pouvons pas nous payer de mots, de belles paroles : il faut agir. Concrètement. Rapidement.

À la barbarie, l’ignorance, l’amalgame mais aussi aux injustices, aux inégalités, à la relégation sociale, nous devons répondre par le plateau, par le partage, par la force du geste artistique, par une invitation fraternelle et bienveillante.

L’École de la Comédie de Saint-Étienne est la première école supérieure d’art dramatique à avoir initié un programme d’égalité des chances à destination des jeunes issus de la diversité sociale et géographique. Par la création d’une classe préparatoire intégrée pour préparer au métier de comédien, par l’offre d’un stage égalité théâtre gratuit pour les jeunes, nous avons voulu, avec le soutien de la Région Rhône-Alpes et de la Fondation Culture & Diversité, sortir des logiques d’exclusion et de discrimination. Une deuxième promotion de la classe préparatoire intégrée sera accueillie à La Comédie cette rentrée.

De diversité, d’origine, de valeurs, d’histoire du colonialisme, il sera fortement question tout au long de notre saison. Avec la création du Retour au désert (Bernard-Marie Koltès) qui traite de notre rapport à l’Algérie et à l’étranger ; avec Page en construction (Fabrice Melquiot) joué par Kheireddine Lardjam qui s’interroge sur ses origines et son rapport à la France ; avec L’Enfant de demain (Serge Amisi) où se pose la question de l’avenir de l’Afrique ; avec En attendant Godot (Samuel Beckett) où Vladimir et Estragon sont interprétés par deux comédiens ivoiriens ; ou encore avec La devise (François Bégaudeau) qui creusera le sens de « liberté, égalité, fraternité »…

La jeunesse sera bien sûr encore au coeur de nos préoccupations et de nos actions, notamment à travers la nouvelle création de Matthieu Cruciani (The Party – compagnie associée), Un beau ténébreux de Julien Gracq. Et plus largement, grâce à la mobilisation de tout notre Ensemble artistique et de nos auteurs associés pour mener un large et ambitieux projet qui trouvera son aboutissement lors de l’ouverture de la future Comédie.
L’étranger sera enfin une thématique centrale de cette saison 2015 / 2016 via de nouvelles invitations internationales. En découvrant l’étonnante italienne Emma Dante, ou l’énergique argentin Gabriel Chamé Buendia, ou avec une troupe franco-russe que vous pourrez venir découvrir en famille : l’ailleurs, l’autre seront célébrés comme une chance, une découverte, un hôte.

Le chantier de la future Comédie avance et nous avons souhaité, là aussi, rendre visibles les ouvriers qui travaillent au quotidien pour construire ce nouvel outil dédié à la Création qui ouvrira ses portes en 2017. Ils seront notre image et nos histoires pendant toute cette saison sous le regard du photographe Ed Alcock qui les a accompagnés durant les premières phases des travaux.
Saint-Étienne sera la ville centre de la future Région Rhône-Alpes / Auvergne. Par ses valeurs de solidarité, d’accueil, de chaleur humaine, elle se doit d’être un exemple et une référence. À notre échelle, à travers le rayonnement de nos productions (plus de 150 représentations en tournée cette saison) et de nos partenariats régionaux, nationaux et internationaux, La Comédie participe activement à l’attractivité de notre territoire.

Plus que jamais, il me faut remercier l’ensemble de nos partenaires publics et privés qui soutiennent l’audace et la création dans notre Centre dramatique national et la formation des jeunes talents dans notre école supérieure d’art dramatique. Souvenons-nous que l’Art et la Culture sont toujours les premières cibles des extrémistes et des fanatiques. Aux défis auxquels nous devons faire face, Il n’y a pas de réponse simple à apporter mais c’est collectivement que nous devons les affronter.

Arnaud Meunier