The Gap - atelier spectacle

Alexandra Badea, Aleshea Harris / Arnaud Meunier

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L'École de la Comédie de
Saint-Étienne
California Institute
of the Arts (CalArts),
Los Angeles

 

CalArts

Atelier d'interprétation
du lun. 3 au samedi 29 oct.

Atelier-spectacle
du lun. 3 au ven. 28 avr.



La recherche artistique comme trait d'union

CalArts est la première institution à avoir produit 11 septembre 2001 de Michel Vinaver. Je connais Travis Preston, devenu depuis le directeur de son école de Théâtre, depuis cette époque.

11 septembre 2001 est une pièce à part. Michel Vinaver voulait graver dans le marbre l'évènement à l'état brut avant que la mémoire ne fasse son travail naturel de tri et de déformation. Dans les quelques jours qui ont suivi les attaques, en assemblant des extraits de presse, des déclarations officielles, des conversations téléphoniques, à la manière d'une partition où les paroles étaient suspendues et enchevêtrées comme dans une chambre d'écho, Vinaver inventait là un théâtre miroir où rien ne se voulait didactique.

Dix ans plus tard, je mettais moi-même en scène cette pièce au Théâtre de la Ville à Paris en joignant sur scène 45 lycéens issus de Seine-Saint-Denis à cinq comédiens de ma compagnie. Dans une volonté, là encore, de faire résonner l'évènement par des jeunes gens âgés de 7 ans à l'époque des attentats et majoritairement musulmans...

Expérimentation, innovation, audace : tels sont les maîtres-mots de la recherche créative de CalArts. Les enseignants/intervenants y sont tous des professionnels en activité – pas des professeurs. Ils cherchent à permettre aux étudiants d'inventer leur propre langage scénique, de trouver leur imaginaire, de repousser le conventionnel et l'académisme, de chercher en dehors des contraintes et du formatage imposés par les lois du marché.

Ces axes de travail, cette philosophie, cette ambition sont exactement les nôtres. Bien qu'étant sans commune mesure en terme de taille (1300 étudiants contre 25 à L’École de la Comédie de Saint-Étienne), notre école a su, grâce à son exigence artistique et à son étroite association au Centre dramatique national, trouver les moyens d'un vrai partenariat avec l'institution californienne, unique en son genre aux États-Unis.

Quand Travis Preston m'a invité à créer un projet avec CalArts, il m'a immédiatement mis au défi d'inventer une aventure atypique, quelque chose que je ne pourrai pas faire habituellement en France. Afin de nous libérer encore mieux des traditionnelles contraintes de production, il m'a également incité à morceler le temps de travail en plusieurs workshops afin de protéger les temps de recherche.

En me rendant à Los Angeles en février 2015 et en affinant mes intuitions, trois envies – axes de travail – se sont alors dégagées :

- définir un territoire, un sujet de recherche qui puisse concerner les deux pays, les deux publics.
- travailler avec deux jeunes auteurs vivants. Deux femmes de préférence. Une américaine et une française. Ne pas être dans l'import/export d'œuvres existantes. Inventer.
- former un groupe de recherche. En plus de ce « trio » d'écriture au plateau (qui est inhabituel dans mon travail), adjoindre une troupe de jeunes acteurs français (cinq comédiens issus de L’École de la Comédie de Saint-Étienne) et cinq américains avec des collaborateurs artistiques issus de CalArts (scénographe, vidéaste, éclairagiste, musicien...).

Une ambition grecque

Dans la France d'après les attentats contre Charlie Hebdo, difficile de ne pas se reposer la question du sens de notre travail artistique et de ce que peut le théâtre face à la barbarie. En même temps, en tant que metteur en scène, je me méfie terriblement d'un théâtre de l'instantané ou de la réaction à chaud... De manière générale, je n'aime pas la frontalité, l'immédiateté, le théâtre à thèse, les prosélytes de vérités toutes faites.

A la manière de Pier Paolo Pasolini, je recherche et apprécie bien davantage un théâtre qui touche à l'universel et où le poétique puisse rejoindre le politique... Dans cette veine post-pasolinienne, qui se veut "poète de la réalité", la jeune génération italienne incarnée par Fausto Paravidino, Stefano Massini ou Ascanio Celestini me paraît une grande source d'inspiration aujourd'hui. Un théâtre-enquête qui pose plus de questions qu'il n'apporte de réponses ; une dramaturgie au présent qui interpelle, où le spectateur est en position active, en réflexion.

Refaire de nous tous une agora démocratique, renouer avec une volonté athénienne : un théâtre sans surplomb qui ne dirait pas ce qu'il faut penser, qui ne se placerait pas au-dessus de ses contemporains mais qui, tout au contraire, emploierait un nous salvateur : voilà un projet excitant !

Vint alors la question, fil rouge, de tout le projet : "qu'est-ce qui fait de nous une société ? What makes us a society ?"

Arrivant de la France du Je suis Charlie où notre Premier Ministre parla même d'« apartheid » pour parler du sentiment de relégation en banlieue, je ne pouvais qu'être frappé par les affiches des étudiants interpellant nos consciences dans les couloirs de CalArts : black lives matters avec la photo du jeune homme noir de Ferguson...

Et, même sans lien direct entre les deux évènements, je me dis qu'il y avait là, sans aucun doute, un sujet de recherche à explorer au plateau. Qu'est ce qui fait notre sentiment d'appartenance à un pays ? Qu'est-ce que recouvre le mot nation ? Comment Français et Américains ont-ils construit leurs récits nationaux ? Leurs mythologies ? Où en sommes-nous, dans un monde connecté et mondialisé, avec nos valeurs, nos identités, nos démocraties ?

Un processus d'écriture au plateau

N'étant pas auteur, il m'apparaissait évident qu'il fallait m'adjoindre deux autres artistes qui eux l'étaient. Deux points de vue, deux parcours aussi.

Aleshea Harris est ce que les Américains appelle a young afro-american playwright. C'est à dire qu'elle est noire et qu'elle écrit. Les Français ne diraient jamais cela comme çà. Les statistiques ethniques sont prohibées chez nous et nous préférons parler, avec pudeur, de diversité.

En avril 2013, lors de ma première visite à CalArts, Aleshea présentait ses travaux d'écriture (elle était alors étudiante) et avec Fabien Spillmann, le directeur des études de L’Ecole de la Comédie, nous fûmes frappés par la force, l'acuité et la poésie de ce qu'elle nomme spoken words et que nous aurions, nous, sans doute basiquement appelé Slam. Nous l'avons alors invitée à Saint-Étienne où elle est venue deux fois en résidence pour y écrire une pièce pour nos élèves : Coyote comes, traduction Séverine Magois. Sa singularité, son univers s'y sont parfaitement confirmés et c'est tout naturellement que je souhaite poursuivre notre complicité artistique avec elle.

Alexandra Badea est roumaine d'origine. Parfaitement francophone, elle écrit en français. Issue de l'ENSATT, elle était venue à Saint-Étienne, à l'invitation de Fabrice Melquiot, participer à un bal littéraire à la Comédie. Ses pièces remportent beaucoup de prix et suscitent un intérêt grandissant du milieu théâtral. Son écriture saisit, là encore, par son acuité, son rapport au monde, son sens du récit. L’école lui a passé une commande d’écriture pour le texte de la performance filmique de Cyril Teste qui sera créée en mai-juin 2016. Elle est déjà venue à l’école en janvier 2015. Elle sera présente à l’école en grande partie au moment de la création.

Ces deux jeunes femmes me paraissent idéales pour former avec moi le trio pilote du groupe de recherche. Faisant preuve d'engagement, de maturité, d'une vraie singularité théâtrale, leurs histoires de vie trouveront un écho évident à la recherche que je propose.

Une recherche en étapes

Mon intuition est que le travail s'enrichira d'autant plus si l'on pousse chacune des deux auteurs à s'intéresser aux problématiques et à l'histoire du pays de l'autre. Je propose donc que le travail puisse commencer par deux résidences d'écriture (2015) : une en France pour Aleshea Harris, une aux États-Unis pour Alexandra Badea. J'imagine leur proposer un protocole d'écriture et de recherche commun. Il ne s'agira pas d'aboutir à une ou deux pièces de théâtre mais plutôt à collecter des matériaux de travail et de réflexion que nous puissions expérimenter ensuite au plateau avec le groupe de recherche.

Arnaud Meunier


 

Arnaud Meunier

En janvier 2011, Arnaud Meunier a pris la direction de La Comédie de Saint-Étienne, Centre dramatique national et de son École Supérieure d’Art Dramatique. Il y développe un nouveau projet où la création et la transmission sont intimement liées. Le dialogue des esthétiques et des générations, le renouvellement des écritures scéniques, la découverte de nouveaux auteurs, la présence au quotidien des artistes, l’ouverture et le partage du Théâtre aux populations les plus larges et les plus variées sont les axes forts du projet qu’il met en œuvre.
Diplômé de Sciences Politiques, il commence une formation de comédien, puis fonde en 1997 la Compagnie de la Mauvaise Graine. Très vite repérée par la presse et les professionnels lors du festival d’Avignon 1998, sa compagnie est accueillie en résidence au Forum du Blanc-Mesnil en Seine-Saint-Denis et soutenue par le Théâtre Gérard Philipe (sous la direction de Stanislas Nordey).
La compagnie y développe son travail de création sur des auteurs contemporains. Elle sera par la suite en résidence à la Maison de la Culture d’Amiens, puis associée à la Comédie de Reims et au Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines. Fidèle à son attachement aux auteurs vivants, Arnaud Meunier poursuit un compagnonnage avec l’œuvre des auteurs qu’il affectionne, montant plusieurs pièces de Pier Paolo Pasolini, Eddy Pallaro, Michel Vinaver, Oriza Hirata et Stefano Massini.
De ce dernier, Arnaud Meunier mettra notamment en scène Chapitres de la chute, Saga des Lehman Brothers, spectacle qui recevra le Grand prix du Syndicat de la critique 2014, après sa nomination aux Molières. Parallèlement, il travaille également pour l’Opéra en tant que metteur en scène ou dramaturge.
Trilingue (Français, Allemand, Anglais), il a travaillé au Japon, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Algérie, en Italie, en Autriche, en Angleterre, en Norvège, au Maroc, aux Émirats arabes unis, en Chine et aux États-Unis.

Aleshea Harris

Aleshea Harris est une auteure de théâtre, comédienne et poétesse (dont la spécialité est le poème parlé), qui a obtenu cette année sa maîtrise en écriture dramatique au California Institute of the Arts (CalArts). Son travail théâtral a été présenté au festival off d’Orlando, au festival off d’Édimbourg, à la freeFall Theatre Company, à CalArts, à l’atelier costumes de l’American Conservatory Theater de San Francisco et au VOXfest de Dartmouth et à L’École de la Comédie de Saint-Étienne, centre dramatique national. Sa pièce, Road Kill Giant, figure sur la liste des Kilroys, liste qui recense les trois cent meilleures nouvelles pièces par des femmes.
Son œuvre poétique a été présentée à l’occasion de divers événements artistiques tels que le colloque CalArts’s Tedx au RedCat Theater ou le festival de slam Southern Fried Poetry Slam (où elle a été classée deuxième en 2013) on peut aussi la découvrir dans le film God of the Ground , lors de La Fête du livre à La Comédie de Saint-Étienne et dans la prochaine version du film Oddlie, dont la sortie est prévue en 2015.
Aleshea Harris a enseigné l’écriture dramatique et la poésie orale dans le cadre d’un partenariat mis en place avec CalArts et dédié à l’Art Communautaire. Elle a également donné des cours à l’Institut Marcia P. Hoffman des Arts de la Scène, au Royal Theater Boys and Girls Club, au Youth Arts Corps et au Conservatoire Patel. Elle vient de se voir confier un poste de professeur titulaire à CalArts.

Alexandra Badea

Née en 1980 Alexandra Badea est auteure, metteure en scène et réalisatrice.
Ses premiers textes Mode d'emploi, Contrôle d'identité et Burnout sont publiés en septembre 2009 chez l'Arche éditeur. Mode d’emploi a été primé aux Journées des Auteurs de Théâtre de Lyon. Burnout a été crée en mars 2013 au Centre dramatique national de Reims dans la mise en scène de Jonathan Michel. Le texte est traduit en portugais et crée à l'Institut Français de Lisbonne.
Elle a crée ses propres textes Contrôle d'identité et Mode d'emploi au Tarmac à Paris.
En octobre 2012 elle publie un deuxième livre Pulvérisés  chez l'Arche éditeur. Le texte a été crée au Théâtre national de Strasbourg et au Centre dramatique national d'Aubervilliers par Jacques Nichet et Aurélia Guillet et a été mis en voix à France Culture par Alexandre Plank. Le texte traduit en allemand est sélectionné au Festival Theatertreffen de Berlin et sera crée à Hanovre, à Graz et en Suisse.
Son premier roman Zone d'amour prioritaire est paru en février 2014 chez l'Arche éditeur. Il a fait l'objet d'une adaptation et d'une représentation au Festival d'Avignon 2013 dans la mise en scène de Frédéric Fisbach.
Son premier scénario Solitudes est réalisé par Liova Jedlicki en décembre 2011, sélectionné au Festival de Clermont Ferand et diffusé sur France 2 le 3 février 2013. Le film remporte le prix d'interprétation féminine, la mention de la presse et la mention du jury au Festival de Clermont Ferand ainsi que le Prix du Jury et Prix du Jury Jeune au Festival d'Ales et le Grand Prix au Festival International de Barcelone.
Elle a été auteure associé dans la saison 2010-2011 au Théâtre Théo Argence de Saint Priest et en 2011-2012 à Mains d’œuvre dans le cadre du dispositif de résidences d’auteurs de la région Ile de France où elle a écrit le texte Je te regarde.
En septembre 2012 elle est partie au Japon pour une résidence d'écriture dans le cadre du projet Partir en écriture du Théâtre de la Tête Noire de Saran où elle a écrit le texte La terre tremble.
En 2013 elle écrit le texte Europe connexion, suite à une commande de France Culture. Le texte a été diffusé sur France Culture en septembre dans le cadre de l'émission Micro fictions.
En 2014 elle participe au projet Binôme (art et sciences) où elle écrit le texte Extrémophile. Son troisième recueil de pièces : Je te regarde, Europe connexion, Extrémophile est paru à l’Arche en mai 2015. Elle est lauréate du Centre National du Livre pour l'écriture du texte Breaking the news qui sera crée prochainement à la Comédie de Reims.
Alexandra Badea réalise aussi une série de performances d’écriture en direct Mondes, présentés jusqu’à présent à Théâtre Ouvert et au Festival de Correspondance de Grignan.
Au cinéma elle réalise deux courts métrages 24 heures et Le monde qui nous perd.
Alexandra Badea est lauréate du Grand Prix de la Littérature Dramatique 2013.

 

Avec des élèves de 3e année (promotion 27) de L’École de la Comédie et des élèves-comédien(ne)s de CalArts
Preston Butler III, Valentin Clerc, Margaux Desailly, Luca Fiorello, Cordelia Istel, Mattew Kelly, Cemre Salur, Guillaume Trotignon, Maybie Vareilles, Reggie Yip

Sous la direction de Arnaud Meunier
Assistante à la mise en scène Pauline Panassenko

 

Workshop #1 avec Arnaud Meunier, Aleshea Harris et Alexandra Badea, fév. 2016
Crédit photo © Valérie Borgy

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