Élodie Guibert

Présentation
Depuis 2019, Élodie Guibert dirige Tumulte, sa compagnie implantée à Saint-Étienne. Après avoir créé un premier spectacle, Taking care of baby de Dennis Kelly, elle décide de passer à l’écriture.
Toujours pour la même bande d’acteur·rices avec qui elle travaille depuis leur rencontre au Conservatoire de Lyon, elle écrit un premier texte Le tumulte grondant de la mer, présenté à La Comédie en 2022, lors de la première édition de Courts-circuits. Elle s’empare du répertoire classique en proposant une mise en scène subtile et inattendue du Misanthrope accueilli en 2024.
Élodie Guibert s’attache à montrer l’infiniment petit pour pouvoir parler de l’infiniment grand. Persuadée que le politique se trouve dans l’intime, et que l’intime est politique, elle souhaite mettre en avant les dysfonctionnements des relations humaines afin d’amener un regard critique sur notre société. Sa dernière création, 7 rue des Alouettes, créée dans le cadre de la troisième édition de Courts-circuits, aborde avec finesse notre rapport à l’isolement social où seul le collectif peut faire résistance.
Question(s) à Élodie Guibert
Tu crées Dialogue entre deux espèces dans le cadre du festival Courts-circuits. Comment est né ce projet d’écriture autour des projections d’avenir des adolescent·es ? Tu as mené deux résidences d’écriture dans un collège stéphanois à la rencontre d’élèves de 3e. Comment as-tu préparé ces échanges et comment t’ont-ils nourrie ?
Mon travail de pédagogue de théâtre me met au contact de lycéen·nes et me fait constater combien la question de l’avenir s’est durcie. Très tôt, l’orientation s’impose : dès la 5e, on les interroge sur leur futur, et en 3e, ils et elles doivent déjà formuler des vœux sur une plateforme. J’ai voulu écrire un spectacle qui donne la parole aux adolescent·es et fasse entendre de manière sensible comment ils et elles traversent cette période charnière.
Nous avons cherché à recueillir une parole intime d’adolescent·es, en partant du théâtre : improvisations, débats, écriture, puis des entretiens volontaires. Ces échanges ont été très précieux pour moi. J’ai compris que l’impasse du « je sais pas » dans laquelle se trouvent les ados, n’est pas une provocation faite aux adultes, mais plutôt une réelle difficulté à se comprendre soi-même et à trouver les mots justes pour traduire ce qu’ils et elles ressentent. Le titre, Dialogue entre deux espèces, est né de cette frustration que ressentent les ados et les adultes à ne pas pouvoir communiquer.
Et toi, lorsque tu étais au collège, avais-tu déjà choisi de devenir metteuse en scène ?
Oui, je savais que je voulais faire du théâtre, alors que rien dans mon milieu ne me destinait au théâtre. J’ai commencé à cinq ans, grâce à la MJC de mon quartier. Dans ma famille, on est cafetier de génération en génération ; ma sœur a suivi, moi j’ai bifurqué, soutenue par mes parents. Les enseignant.es évoquent souvent le poids du déterminisme social : il faut convaincre les familles, mais aussi aider les adolescent·es à reconnaître leurs propres capacités.
